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Comment lire son audiogramme ? Le guide illustré

Mise à jour le
18/3/2026
Publié le
3/18/2026

L'audioprothésiste vous tend une feuille avec des courbes, des croix et des ronds, des chiffres qui descendent de haut en bas, des fréquences de gauche à droite. Il vous explique le résultat en quelques minutes, mais le lendemain, vous regardez le document et vous ne savez plus très bien ce que vous avez compris.

C'est une situation extrêmement courante. L'audiogramme est pourtant un document qui se lit — une fois qu'on en comprend la logique. Et cette logique est plus simple qu'il n'y paraît : deux axes, quelques symboles, et une poignée de zones de référence.

Ce guide vous explique comment lire votre audiogramme étape par étape — avec des exemples illustrés correspondant aux profils les plus courants.

L'axe horizontal : les fréquences, de gauche à droite

L'axe horizontal de l'audiogramme représente les fréquences sonores, exprimées en Hertz (Hz). Il va des fréquences graves à gauche vers les fréquences aiguës à droite — généralement de 250 Hz à 8 000 Hz.

Pour donner une idée concrète de ce que représentent ces fréquences :

Fréquences

Registre

Sons correspondants dans la vie réelle

250 – 500 Hz

Graves

Sons profondes (tonnerre, basse d'un moteur, voyelles larges), énergie vocale

1 000 – 2 000 Hz

Médiums

Fondamentaux de la voix humaine, voyelles courtes, mélodie de la parole

2 000 – 4 000 Hz

Médiums-aigus

Consonnes clés (s, ch, f, t), reconnaissance des mots — zone critique pour la compréhension

4 000 – 8 000 Hz

Aigus

Consonnes fines, voix d'enfants et de femmes, tic-tac, gazouillis d'oiseaux

Ce qui est crucial à retenir : les fréquences entre 500 Hz et 4 000 Hz sont celles qui portent l'essentiel de la compréhension de la parole en français. Une perte auditive concentrée dans cette zone — même modérée — a un impact disproportionné sur la communication quotidienne par rapport à une perte dans les graves extrêmes.

Pourquoi les aigus sont les plus importants : La plupart des pertes auditives courantes — presbyacousie, bruit, etc. — touchent en priorité les fréquences hautes (2 000 – 8 000 Hz). Ce sont précisément celles qui portent les consonnes qui distinguent les mots entre eux. C'est pourquoi le symptôme le plus fréquent n'est pas « je n'entends pas » mais « j'entends mais je ne comprends pas ».

L'axe vertical : les décibels, de haut en bas

L'axe vertical représente l'intensité sonore en décibels HL (Hearing Level). Il est orienté de façon contre-intuitive : les valeurs faibles (sons faibles) sont en haut, les valeurs élevées (sons forts) sont en bas.

Autrement dit : plus un point est bas sur le graphique, plus il faut un son fort pour que vous l'entendiez — et donc plus votre audition est faible à cette fréquence.

Ce que les valeurs signifient concrètement : 0 dB HL n'est pas le silence absolu — c'est le seuil auditif moyen d'une personne jeune à audition normale. Une valeur de 25 dB HL signifie que vous avez besoin qu'un son soit 25 décibels plus fort que ce seuil pour l'entendre. Une valeur de 60 dB HL signifie que vous avez besoin d'un son aussi fort qu'une conversation animée pour l'entendre à cette fréquence.

L'erreur fréquente : confondre les dB HL de l'audiogramme avec les dB SPL de la vie courante. Un marteau-piqueur émet environ 100 dB SPL. Sur l'audiogramme, 100 dB HL représente une perte auditive profonde. Ce sont deux échelles différentes qui mesurent des choses différentes — l'une mesure l'intensité d'un son dans l'environnement, l'autre mesure votre seuil de perception.

Les symboles : O pour la droite, X pour la gauche

Sur un audiogramme standard, deux séries de symboles tracent deux courbes distinctes — une pour chaque oreille.

  •  représente l'oreille droite, tracé en rouge sur les audiogrammes couleur.
  •  représente l'oreille gauche, tracé en bleu sur les audiogrammes couleur.

Chaque symbole est placé à l'intersection de la fréquence testée (axe horizontal) et du seuil auditif mesuré (axe vertical) pour cette fréquence. L'ensemble des symboles reliés forment les deux courbes — une par oreille.

Sur certains audiogrammes, vous verrez aussi des crochets ou des chevrons — [ et ] pour la droite, < et > pour la gauche — qui représentent la conduction osseuse (les vibrations transmises directement à l'oreille interne via l'os). La comparaison entre conduction aérienne (O/X) et conduction osseuse permet de déterminer si la perte est d'origine cochléaire (neurosensorielle) ou mécanique (conductive).

Conduction aérienne vs osseuse : ce que ça change : Si les courbes O/X et les crochets se superposent, la perte est neurosensorielle (cellules ciliées ou nerf). Si les crochets sont nettement meilleurs que les O/X, il y a une composante mécanique — quelque chose bloque le son avant qu'il n'atteigne l'oreille interne (cérumen, otite, ossification). Cette distinction est importante car les deux types ne se prennent pas en charge de la même façon.

Les zones de l'audiogramme : de normal à profond

Les audiogrammes sont divisés en zones correspondant aux degrés de perte auditive. Ces zones ne sont pas toujours tracées sur le document que vous recevez, mais elles constituent le cadre de référence que tout audioprothésiste utilise pour interpréter vos résultats.

Seuil (dB HL)

Degré

Ce que vous ressentez

Recommandation

0 – 25 dB

Normal

Vous entendez même les sons très faibles. Conversation à voix normale, feuilles dans le vent, tic-tac d'une montre.

Aucune intervention — suivi préventif conseillé après 50 ans

26 – 40 dB

Légère

Difficultés dans le bruit, voix douces ou éloignées. Vous demandez parfois de répéter.

Appareillage selon profil — souvent recommandé

41 – 55 dB

Modérée

Conversations normales difficiles sans effort. TV montée fort. Téléphone difficile.

Appareillage fortement recommandé — pris en charge INAMI

56 – 70 dB

Modérément sévère

Quasi toutes les conversations nécessitent aide. Sons de la maison souvent inaudibles.

Appareillage indispensable

71 – 90 dB

Sévère

Seuls les sons très forts sont perçus. Communication orale très limitée sans amplification.

Appareillage puissant — bilan ORL complet requis

91 dB et +

Profonde

Peu ou pas de sons perçus. Communication par lecture labiale ou langue des signes.

Implant cochléaire envisageable — évaluation spécialisée

Comment se calcule le « degré » : le degré de perte n'est pas la valeur la plus mauvaise de votre audiogramme — c'est la moyenne de vos seuils sur les fréquences 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz (le PTA, Pure Tone Average). C'est cette moyenne qui détermine l'éligibilité au remboursement INAMI (seuil : 35 dB HL depuis juin 2024).

Les 4 profils d'audiogramme les plus fréquents

Profil 1 — La courbe en pente descendante (presbyacousie)

C'est le profil le plus courant — celui que présentent la grande majorité des personnes qui consultent pour la première fois après 55 ans. Les seuils sont normaux ou quasi normaux dans les graves (250–1 000 Hz) et se dégradent progressivement vers les aigus (2 000–8 000 Hz).

Sur le graphique, les deux courbes partent de haut à gauche (bons seuils dans les graves) et descendent vers le bas à droite (seuils dégradés dans les aigus). La pente peut être douce ou abrupte selon la sévérité.

Ce que vous vivez : vous entendez que quelqu'un parle mais vous ne comprenez pas les mots. Vous suivez bien en tête-à-tête calme mais êtes perdu dans le bruit. Le téléphone est difficile. Les voix d'enfants et de femmes sont plus difficiles que les voix graves d'hommes.

Profil 2 — La courbe plate

Les seuils sont uniformément élevés sur toutes les fréquences — la courbe est quasi horizontale sur le graphique. Ce profil peut résulter d'une exposition prolongée au bruit, d'une cause médicale spécifique, ou d'une composante héréditaire.

Ce que vous vivez : difficultés dans toutes les situations — conversations normales, TV, téléphone. Le volume général est atteint, pas seulement la compréhension des consonnes. L'effort d'écoute est constant.

Profil 3 — La courbe asymétrique

Les deux courbes (O et X) sont significativement différentes — l'une est normale ou légèrement dégradée, l'autre présente une perte notable. Une asymétrie de 15 à 20 dB ou plus justifie un bilan ORL pour rechercher une cause identifiable (neurinome, surdité brusque ancienne, cause vasculaire).

Ce que vous vivez : vous repérez souvent que vous « entendez mieux d'un côté ». La localisation des sons est difficile — vous ne savez pas d'où vient un bruit. Dans les environnements bruyants, l'oreille moins bonne devient un handicap car le cerveau ne peut plus croiser deux sources.

Profil 4 — L'encoche à 4 000 Hz

Une chute abrupte du seuil autour de 4 000 Hz — parfois appelée «encoche de Carhart» ou encoche traumatique — avec des seuils normaux ou proches de la normale de part et d'autre. Ce profil est la signature classique d'un traumatisme sonore ancien (exposition professionnelle au bruit, tirs, concert).

Ce que vous vivez : vous pouvez vous sembler « entendre bien » dans de nombreuses situations, mais avez des difficultés spécifiques avec certaines consonnes ou certaines voix. Des acouphènes sont souvent associés à cette configuration.

Comment calculer vous-même votre moyenne PTA

Le PTA (Pure Tone Average) est la valeur que les professionnels utilisent pour exprimer votre degré global de perte auditive. Vous pouvez le calculer vous-même depuis votre audiogramme.

Relevez vos seuils (en dB HL) pour les quatre fréquences suivantes sur chaque oreille :

  • 500 Hz
  • 1 000 Hz
  • 2 000 Hz
  • 4 000 Hz

Additionnez ces quatre valeurs et divisez par 4. Le résultat est votre PTA pour cette oreille.

Exemple : seuils 15 + 20 + 35 + 55 = 125 ÷ 4 = 31,25 dB HL → perte légère, proche du seuil d'éligibilité INAMI (35 dB).

Pourquoi c'est utile : Connaître votre PTA vous permet de comprendre si vous êtes éligible au remboursement INAMI (35 dB minimum), de suivre l'évolution de votre audition entre deux bilans, et d'avoir une discussion informée avec votre audioprothésiste sur votre profil et la solution adaptée.

Ce que l'audiogramme ne dit pas — et ce qui manque pour le comprendre vraiment

L'audiogramme tonal est un outil essentiel, mais incomplet. Il mesure les seuils auditifs — le son le plus faible que vous pouvez détecter à chaque fréquence. Mais il ne mesure pas la compréhension de la parole dans des conditions réelles.

Deux personnes avec un audiogramme identique peuvent avoir des difficultés très différentes dans la vie quotidienne. C'est pourquoi un bilan complet inclut toujours, en plus de l'audiogramme tonal :

  •  compréhension de mots ou de phrases à différents niveaux d'intensité — mesure directement l'intelligibilité.
  •  compréhension dans un environnement sonore simulé — prédicteur direct des difficultés en société.
  •  vérification de l'état du conduit auditif et du tympan.
  •  évaluation subjective de l'impact dans le quotidien — complète les données objectives de l'audiogramme.

Chez OTIVIA : Notre bilan auditif complet inclut l'audiogramme tonal, l'audiométrie vocale, et un entretien approfondi sur votre mode de vie et vos difficultés quotidiennes. Vous repartez avec une image complète de votre situation — pas seulement une courbe.

Questions fréquentes

Mon audiogramme est normal mais j'ai du mal à comprendre dans le bruit. Comment c'est possible ?

C'est l'une des situations les plus frustrantes — et les plus fréquentes. Un audiogramme tonal normal signifie que vos seuils de détection sont dans les normes. Mais la compréhension dans le bruit dépend aussi du traitement central du son — la façon dont votre cerveau filtre et interprète les signaux auditifs complexes. Des difficultés de compréhension avec un audiogramme normal peuvent indiquer un trouble du traitement auditif central (TACL), qui nécessite un bilan audiologique plus spécialisé.

Est-ce que mon audiogramme peut s'améliorer ?

Dans la très grande majorité des cas, non — les seuils audiométriques liés à la presbyacousie, aux bruits ou à des causes génétiques sont irréversibles. Seules certaines pertes transmissionnelles (bouchon de cérumen, otite séreuse, tympan perforé) peuvent s'améliorer après traitement médical. Un audiogramme est en revanche une mesure dynamique qui peut fluctuer légèrement d'un jour à l'autre selon la fatigue, les infections et l'état général.

Pourquoi mes deux oreilles ont des résultats différents alors que je n'ai eu aucun accident ?

Une légère asymétrie entre les deux oreilles est très fréquente et parfaitement normale — comme les yeux, les deux oreilles ne sont pas identiques. Une asymétrie de moins de 10–15 dB est généralement sans signification clinique. Une asymétrie plus marquée — 20 dB ou plus sur plusieurs fréquences — mérite une investigation médicale pour exclure une cause spécifique.

À quelle fréquence devrait-on faire un audiogramme ?

Pour les personnes sans facteur de risque particulier, un bilan de référence à 50 ans est recommandé, puis tous les 2 à 3 ans à partir de 60 ans. Pour les personnes exposées au bruit professionnel, fumeuses, diabétiques ou hypertendu, un suivi annuel dès 45 ans est plus prudent. Chez OTIVIA, le bilan est gratuit — il n'y a aucune raison d'attendre d'avoir des symptômes gênants.

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